
Mondovino, un film qui défend la notion de terroir
Par David Cogan
Mondovino est habituellement présenté comme un défenseur du vin traditionnel français, par opposition aux vins de production de masse et destinés à la commercialisation - le terroir contre l’étude de marché. Il est aussi une apologie de la tradition bourguignonne, des vins qui reflètent la personnalité des vignerons et les spécificités des vignobles. Plus que la simple histoire du conflit entre l’ancien et le nouveau monde, Mondovino montre le contraste entre la philosophie traditionnelle du vin en Bourgogne et le monde du vin en général.
Les vilains se sont pendus eux-mêmes à l’écran
Il n’est pas étonnant que Mondovino ait rencontré un vif succès en Bourgogne. Lorsqu’il parut en 2004, le Ciné Marey à Beaune fut assailli par des vignerons vêtus de velours côtelé, descendu des côtes pour voir de quoi il s’agissait. Ils étaient venus voir tous les héros célèbres et les vilains du commerce du vin. Certains protagonistes du film étaient célèbres dans le monde entier, d’autres étaient de la région et connus personnellement par une grande partie de l’audience. Le producteur et réalisateur, Jonathan Nossiter, filma caméra en main pour dresser les personnalités du monde viticole de partout, parlant d’eux-mêmes et du vin. Le pastiche qui en résulte, une vidéo candide sans commentaire, est très amusant. Nossiter n’eut pas besoin de rajouter de commentaire, les vilains se sont pendus eux-mêmes à l’écran tandis que les héros éclataient tous au grand jour sur leurs propres mérites.
Les personalités du vin en gros plan
L’héroïne de Mondovino est Alix de Montille. Jeune vinificatrice au service d’un marchand de vin célèbre, elle dit devant la caméra, dans les celliers de son employeur, qu’elle ne peut plus compromettre son intégrité personnelle en suivant leur politique de vins homogénéisés sans aucun pédigree. Peu après, elle donna sa démission pour travailler à son propre compte. Même son père, le vieux grognon Hubert de Montille, propriétaire du Domaine de Montille à Pommard, montra avec réticence son admiration pour la téméraire Alix. Aujourd’hui, installée à son propre compte comme négociant en vin à Beaune, elle se construit une solide réputation dans le commerce international.
L’action se passe naturellement en Bourgogne, mais le film a aussi des moments importants ailleurs. Dans le Languedoc, Aimé Guibert, fondateur du domaine viticole « Le Mas de Daumas Gassac » à Aniane, s’efforce de se présenter comme un opportuniste avide de relations publiques. D’habitude un homme qui se prend très au sérieux, Guibert parait ici quelque peu ridicule. Prendre la défense de l’homme d’affaires Bernard Magrez, des vignobles de Bordeaux, et de l’investissement de l’acteur Gérard Dépardieu à Aniane, ainsi que l’opposition véhémente qu’il affiche à l’encontre de l’achat de vignobles par la compagnie californienne Mondavi, fut complètement ridicule. Dans le Languedoc, de même qu’en Bourgogne, la vieille tradition et le chauvinisme xénophobe ne peuvent remplacer la vraie qualité. Michel Rolland, plus fort que la vie, surnommé le « flying winemaker », et Robert Parker, arbitre du bon goût du vin, nous offrent des scènes inestimables. Rolland apparait comme un filou sympathique, rugissant des ordres (« oxygénez, oxygénez! ») par téléphone, dans sa Mercedes, à des clients naïfs du monde entier. Parker est filmé dans son Maryland, où il étudie et écrit des notes sur le goût, en compagnie de ses deux bouledogues péteurs.
Le cinéma d’outre atlantique qui défend la Bourgogne
La prise de vue tremblante et la durée de 131 minutes, environ 30 minutes de trop, sont les seuls points faibles du film. Mondovino mérite sa réputation. C’est un défenseur éloquent et amusant du vin réalisé avec passion, des vins avec une âme. En effet, les parties du film qui traitent de la Bourgogne sont les plus intéressants. Il apparait clairement que la Côte d’Or est la région à laquelle Jonathan Nossiter tient le plus. Il est ironique de voir qu’un américain puisse réaliser un film défenseur du vin de Bourgogne, un film qui souleva la colère de l’industrie du vin des Etats-Unis et éveilla la fierté des vinificateurs de Mâcon à Chablis.
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