
La Triomphe de la Victoire de Peter Paul Rubens 1614
Les devoirs nobles ralentirent la construction de Cormatin
Par Aubert d’Oyon
Marc Simonet-Lenglart, l’actuel propriétaire du Château de Cormatin situé près de Mâcon, nous offre un aperçu fascinant des mœurs sociales et de la vie de tous les jours de la France rurale du XVIIème siècle. Lors d’une récente visite au château, nous avons suivi Marc dans un tour envoûtant de la propriété. Ses observations subtiles sur l’histoire de l’auguste édifice conjurent la vision fascinante de la vie menée par la noblesse quatre siècles auparavant. Ceux qui éprouvent un sentiment de jalousie à l’encontre des châtelains devraient réfléchir aux attributions sanglantes qu’avaient un aristrocate du XVIIème siècle.
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Un répit offert par une courte période de paix permet le démarrage de la construction
Antoine du Blé est né en 1560, faisant partie de la quatrième génération de la bourgeoisie locale. L’adage de cette époque disait : « il n’existe pas d’occupation plus satisfaisante que l’occupation militaire ». Au service du duc de Mayenne, gouverneur de Bourgogne et chef des armées catholiques, il participa au siège de Brouage à l’âge de dix-sept ans. En 1590, il défendit Paris contre Henry IV et prit part à la bataille d’Arques où deux chevaux furent abattus sous lui. Vingt ans de services sanguinaires dans les campagnes militaires acharnées menées par les catholiques lui apportèrent rang et honneur. Comme d’autres chefs militaires, il profita de cette agitation pour augmenter sa fortune grâce au pillage et au vol. Puis, Henry IV se convertit et devint souverain de Paris et, en 1595, comme Antoine du Blé sentit le vent tourner, il lui prêta allégeance. Il conquit Tournus au nom du roi et plaça toute la Bourgogne australe sous l’autorité royale. Reconnaissant la puissance d’Antoine, Henry IV le nomma lieutenant du roi en 1601 dans la localité de Châlonnais. La période de paix signifiait qu’Antoine passait la moitié de l’année sur les champs de bataille au nom du roi. Le temps libre lui permettait de chasser et de débuter la reconstruction du château de Cormatin en 1605.
Claude Phélypeaux, la femme de Jacques, dirigea les travaux
A sa mort, son fils Jacques hérita de ses titres et de ses biens. Jacques poursuivit la construction du nouveau château de Cormatin. Encore plus astucieux du point de vue politique que son père, Jacques épousa une femme de bonne lignée et devint l’un des favoris de la cour royale de Paris. Entre 1625 et 1627, il servit comme brigadier général dans la campagne de Lesdiguières contre la République de Genève. Ensuite, il retourna en France pour participer au siège de La Rochelle. Extrêmement préoccupé par ses obligations militaires, Jacques laissa la responsabilité des travaux de décoration, entrepris en 1627-28, à sa femme, Claude Phélypeaux. En 1628, à l’insistance de Marie de Médicis, Jacques du Blé reçut le commandement de 12 000 hommes et partit à la rescousse du duc de Mantoue. Ils furent vaincus dans les Alpes par Charles Emmanuel de Savoie et furent obligés de battre en retraite. Il explique dans une lettre envoyée à sa femme, « Sans pain, sans munitions, dans un désert, avec des soldats poussés à la mutinerie par la faim; quelle autre décision pourrait prendre le meilleur capitaine du monde ? »
Péri d’orgueil et d’ambition
Malgré la campagne désastreuse menée dans les Alpes, le roi fût compatissant, Jacques sentit qu’il se trouvait en course pour la nomination en tant que Grand Maréchal de France. Il se joignit aux hommes du roi durant le siège de Privas, en Ardèche, le 14 mai 1629. Malheureusement, l’ambition lui fit prendre un risque de trop : en essayant de montrer sa valeur, il s’approcha un peu trop près des murs et fût touché par la balle d’un mousquet ; il mourut peu après.
On se demande comment il a trouvé le temps de diriger la construction du château de Cormatin. Le Château de Cormatin, situé à 10 minutes de Cluny, est unique en France pour son intérieur remarquablement bien préservé, datant du règne de Louis X III, et pour ses superbes boiseries et plafonds peints, sculptés et dorés.
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