
L'Abbaye de Fontenay
Cluny et Cîteaux: les deux styles monastiques
Par Laurence Cogan
Comme les monastères ont tellement contribué à créer une nouvelle Europe qui, aujourd’hui, a explosé en une fleur architecturale, il est normal qu’il existe deux familles principales d’églises qui expriment la grandeur du monastisme fédératif bourguignon : Cluny et Cîteaux. Cluny eut ultimement 1400 prieurés sous son autorité, parmi lesquels 200 furent des établissements importants. L’ordre des cisterciens eut un système ramifié qui inclut ultimement 742 monastères et près de 900 couvents.
La « Maior Ecclesia »
Ce fut Cluny qui, après une reconstruction impressionnante des bâtiments du monastère (1077–85), entreprit la « Maior Ecclesia », ou Cluny III (1088–1130 et plus tard). Avant d’être largement démolie au début du XIXème siècle, ce fut la plus grande église monastique, la plus grande église romane et la plus grande église de France. Elle eut plusieurs caractéristiques qui ouvrirent le chemin à l’art gothique : la hauteur, la croisée d’ogives, les arches pointues, la décoration des murs et des voûtes. Cluny a inspiré quelques superbes bâtiments (la Collégiale Notre-Dame de Beaune, la basilique du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial, la basilique Saint-Andoche de Saulieu, le prieuré de La Charité-sur-Loire, l’église Saint-Etienne de Nevers, les cathédrales d’Autun et de Chalon-sur-Saône) à cause de son caractère unique et évolué, et du fait que son modèle allait bientôt être attaqué dans une polémique cistercienne malheureuse (1124). Il est possible que certains des architectes, à Cluny même, considérèrent que le modèle était trop colossal, puisqu’ils construirent une nef de voûtes d’arête dans le prieuré de Vézelay (1104–32) presque aussi large que celle de Cluny mais aux deux-tiers de sa hauteur.
De bons constructeurs mais sans aucune bravoure
Avant de nous tourner vers une autre grande famille de constructeurs monastiques bourguignons, on doit noter que l’Ordre des Cisterciens, fondé en 1098, était austère et populaire, et qu’il grandit rapidement. Les architectes cisterciens étaient de bons constructeurs mais sans aucune bravoure ; leur architecture fut aride en comparaison avec l’architecture élaborée des clunisiens, reflétant ainsi la vie monastique plus stricte et plus simple de l’ordre. Ils acceptèrent l’arche pointue mais ils construirent à travers elle un style qui pourrait être appelé de semi-gothique parce qu’elle en avait l’apparence générale mais non pas les caractéristiques structurelles particulières de l’art gothique.
L’abbaye de Fontenay (construite à partir de 1139) constitua la préférence personnelle de Saint Bernard, et elle est presque de style roman avec son schéma simple et substantiel de voûte brisée. Toutefois, de manière générale, les églises cisterciennes s’approchèrent de plus en plus d’un style proche du gothique. Au rez-de-chaussée de leurs monastères, les cisterciens introduirent très tôt l’idée d’utiliser des voûtes d’arête croisée en baies carrées répétitives (un schéma gothique).
Pas de dépendances destinées aux visiteurs
Les établissements cisterciens furent situés en des lieux isolés, mais l’éducation des communautés était d’un très haut niveau et bénéficiait à l’Europe entière. Leurs monastères furent si uniformes, dans leur conception, qu’un moine qui quittait une demeure cistercienne pour une autre se sentait partout comme chez lui. Le modèle de base était traditionnel, mais la cour occidentale (où l’on recevait habituellement les visiteurs) en était réduite à un simple corridor.
Les cisterciens n’encourageaient pas les visites ; ni leurs demeures, ni leurs églises comprenaient des dépendances destinées aux visiteurs. Les réfectoires cisterciens étaient régulièrement situés en angle droit, à l’opposé de l’église, plutôt que de manière parallèle, comme dans les modèles antérieurs. Les moines choisirent des emplacements bien pourvus en eau et ils utilisèrent l’énergie hydraulique. De manière idéale, les confréries pouvaient subvenir à tous leurs besoins. Des exemples remarquables d’architecture romane cistercienne se trouvent en Bourgogne : plusieurs abbayes : Fontenay, Molesme, Val des Choues, La Ferté, Pontigny, Quincy, Reigny, Vauluisant et la basilique de Vézelay, le prieuré de Vausse.
Edifices romans importants ni l’art cistercien, ni l’art clunisien
D’autres édifices romans importants ne respectèrent ni l’art cistercien, ni l’art clunisien, mais ils représentent des exemples superbes d’architecture romane bourguignonne : la Chapelle des Moines de Berzé-la-Ville, l’abbaye de Corbigny, la cathédrale de Sainte-Bénigne de Dijon, l’abbaye de Saint-Philibert de Tournus, les collégiales d’Avallon et d’Appoigny et l’église d’Anzy-le-Duc.
Les chemins du roman
Pour découvrir les églises et les chapelles romanes de Saône et Loire, cherchez les « Chemins Romans » : cles trois itinéraires s’étalent sur approximativement 120 km dans les régions du Charolais et du Brionnais, avec Paray-le-Monial comme point de départ. Dans la campagne du Brionnais, un chemin est indiqué et chaque église possède un panneau individuel. Des brochures trilingues (français/anglais/allemand) sont disponibles dans les églises et auprès des offices de tourisme locaux.
Pour de plus amples détails sur l’architecture romane et gothique de la Bourgogne, veuillez consulter les Monuments historiques dans notre répertoire Visites.
Sources: BRLSI, Wikipedia
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